D’après le site « 20 minutes », j’ai au moins le niveau de français d’un élève de CE2. J’ai eu 10/10 au test proposé (et sans tricher). Ouf, me voilà rassurée. Bon, pour quelqu’un qui vend ses compétences en rédaction et marketing de contenu, c’est un pré-requis me direz-vous et vous aurez raison. J’ai longtemps pensé que j’avais un niveau normal en français, dans la moyenne quoi. Mais ai-je pour autant des « qualités rédactionnelles », de celles qui sont requises dans nombre d’annonces d’emploi ? D’ailleurs que sont donc ces qualités ?

Fréquemment, je lis dans les annonces d’emploi : « qualités rédactionnelles », voire « excellentes qualités rédactionnelles » requises (j’ai même vu « exceptionnelles »). Y aurait-il donc par opposition, des postes où le javanais est toléré ? Si d’un côté les employeurs se donnent la peine (toute relative) de préciser « qualités rédactionnelles indispensables », c’est bien que de l’autre, ces mêmes qualités ne sont pas nécessaires pour d’autres emplois. De là à y voir une adaptation du monde du travail à la maîtrise du français réputée en baisse constante depuis de nombreuses années, il n’y a qu’un pas (et un soupçon de malhonnêteté intellectuelle…) Car en effet, bien que le Français soit réputé râleur de nature, force est de constater que la maîtrise de la langue n’est plus ce qu’elle était, ma bonne dame. Eh oui, tout fout l’camp et les institutions s’en émeuvent, à juste titre. Récemment la ministre de l’Education s’exprimait d’ailleurs en ces termes au micro de RTL : « les résultats des petits Français en lecture, en écriture (…) ne sont pas bons » et « ils n’ont cessé de se dégrader ces dernières années ».

Il est dépassé ton participe…

Il suffit de surfer sur les forums pour s’en rendre compte ; ils ne sont pas légion ceux qui font la différence entre un verbe à l’infinitif et un participe passé, certes. Mais à qui la faute s’il en existe une ? A l’Education Nationale ? Aux parents ? A la télé ? Au web ? Je n’ai pas la réponse. Si vous vous plongez dans les exercices du certificat d’études que passaient nos grands parents vers l’âge de 14 ans vous constaterez que nous ne disposons plus des mêmes aptitudes pour y répondre que nos aînés au même âge. Comme pourrait le dire un gamin « ça fait d’la peine ». Sommes nous pour autant moins intelligents ou plus incultes ? Pas certain. La somme des connaissances auxquelles nous avons accès, nos enfants y compris, ne cesse de croître et de se développer. De facto, la somme de nos connaissances augmente au même rythme. Cela justifie-t-il pour autant le recul de la maîtrise de notre langue ? Non.

Non, grammaire ne s’écrit pas gram’ mère

Le français est vivant et il évolue, s’enrichissant de nouveaux termes liés à son époque. Mais les accrocs, pour ne pas dire les uppercuts donnés à la grammaire, à la conjugaison et à la syntaxe sont regrettables (et je ne prétends d’ailleurs nullement en être exempte). Avec ces écarts si fréquents, la base même de notre communication s’altère, ce qui ne va pas sans créer de nouvelles inégalités. De là à ce que la maîtrise de la langue soit demain un critère de discrimination, il n’y a qu’un pas que nous sommes allègrement en train de franchir. « Qualités rédactionnelles requises » est un marqueur de cette triste évolution. Oui, le niveau des enfants en français ne cesse de baisser et même s’ils sont beaucoup plus doués avec un ordinateur, une tablette ou un smartphone, ils sont en train de perdre leur héritage. J’ai eu un prof de Fac qui s’inquiétait de voir le niveau de ses étudiants en chute constante. Ils nous avait confié s’attendre à voir bientôt dans ses copies « de Goal », après avoir vu « de Gaule », entorses tordantes pour parler du grand Charles. Ça nous a fait marrer, pas lui. Aujourd’hui, j’ai de la sympathie pour ce prof. « Qualités rédactionnelles requises » et parfois « bonne culture générale », une mention nécessaire à préciser semblerait-il… Snif.